Kwame Nkrumah : l’Afrique grande force de ce monde.

Kwame Nkrumah : « Divisés nous sommes faibles. Unie, l’Afrique pourrait devenir, une des plus grandes forces de ce monde. »

Kwame Nkrumah

Extrait du célèbre discours du Dr Kwame Nkrumah : “Je parle de liberté”

Un extrait de la célèbre du Dr Kwame Nkrumah “Je parle de  liberté”.  Traduction libre :Kwame Nkrumah, I Speak of Freedom: A Statement of African Ideology (London: William Heinemann Ltd., 1961), pp. xi-xiv. 

« Divisés nous sommes faibles. Unie, l’Afrique pourrait devenir, et pour de bon, une des plus grandes forces de ce monde. Je suis profondément et sincèrement persuadé qu’avec notre sagesse ancestrale et notre dignité, notre respect inné pour la vie humaine, l’intense humanité qui est notre héritage, la race Africaine, unie sous un gouvernement fédéral, émergera non pas comme un énième bloc prompt à étaler sa richesse et sa force, mais comme une Grande Force dont la Grandeur est indestructible parce qu’elle est bâtie non pas sur la terreur, l’envie et la suspicion, ni gagnée aux dépends des autres, mais basée sur l’espoir, la confiance, l’amitié, et dirigée pour le bien de toute l’Humanité »

Dr Kwame Nkrumah avait prédit en 1961 ce qui allait  arriver (aujourd’hui) parce que les pays africains ne s’unissaient pas,  politiquement. Ce qui allait  arriver aux futures générations africaines (donc, celles d’aujourd’hui et de demain) si – alors -on n’unissait pas Afrique ?

‘‘Durant des siècles, les Européens ont dominé le continent africain. L’homme blanc s’arrogea le droit de gouverner et d’être obéi par le non-blanc; sa mission, selon lui, étant  de «civiliser» l’Afrique. En vertu de ce manteau (couverture idéologique), les Européens pillé de vastes richesses  du continent et infligé des inimaginables souffrances aux peuples africains. Tout cela fait partie de notre triste histoire, mais – maintenant – nous devons être prêts à enterrer le passé avec ses désagréables souvenirs et regarder (résolument) vers l’avenir.

Tout ce que nous demandons aux anciennes puissances coloniales – par une  bonne foi  et une vraie coopération (mutuellement fructueuse) – de renoncer aux crimes du passé,  aux injustices et d’accorder l’indépendance aux colonies en Afrique ….

Il est clair que nous devons trouver une solution africaine à nos problèmes, et que cela ne peut être trouvé que  dans l’unité africaine. Divisés, nous sommes faibles; (Politiquement) unie, l’Afrique pourrait devenir l’une des plus grandes puissances …pour le bien du monde.  La plupart des Africains sont pauvres dans un  continent potentiellement très riche. Nos ressources minérales  sont (actuellement) exploitées avec l’aide des capitaux étrangers pour (uniquement) enrichir les investisseurs étrangers  dans la  production de l’or, des diamants, de l’uranium et du pétrole.

Nos forêts contiennent certains des plus beaux bois pouvant être cultivés n’importe où. Dans nos cultures de rente, on trouve du cacao, de café, de caoutchouc, du tabac et du coton.  Un autre atout   et facteur important de développement économique : l’Afrique contient plus de 40% du potentiel d’eau du monde, par rapport aux  10% (environ) pour l’Europe et 13% pour l’Amérique du Nord. Pourtant, jusqu’à présent, moins de 1% de ce potentiel a été développé.

C’est là une des raisons pour lesquelles nous avons en Afrique, un paradoxe de pauvreté dans la plénitude  et un paradoxe de  rareté dans l’abondance.

Jamais une si grande opportunité de développement du continent  n’a été à la portée d’un peuple du fait de ses nombreuses richesses potentielles. Isolés les uns des autres, les Etats indépendants d’Afrique -certains potentiellement riches, et d’autres pauvres – ne peuvent guère faire grand-chose pour leurs peuples.

Ensemble, par  assistance mutuelle, ils peuvent faire beaucoup. Cependant,  le développement économique du continent doit être planifié et globalement  mis en œuvre. Une lâche confédération conçue seulement pour lune coopération économique ne permettrait pas d’atteindre ce but de la nécessaire unité. Seule une forte union politique peut apporter un plein développement de nos ressources naturelles et un efficace bénéfice pour notre peuple.

La situation politique en Afrique aujourd’hui est à la fois encourageant et en même temps inquiétant. Il est encourageant de voir autant de nouveaux drapeaux hissés à la place des anciens ; il est inquiétant de voir autant de pays de différentes tailles et de différents niveaux de développement, ….faibles et, dans certains cas, presque impuissants. Si cette  terrible  situation de  fragmentation persiste, elle pourrait rapidement devenir désastreux pour nous tous[1]

A l’heure actuelle,  Il y  existe  quelque 28 Etats d’Afrique, à l’exclusion de l’Union Sud-Africaine, et des pays non encore indépendants. Pas moins de neuf de ces États ont une population de moins de trois millions d’habitants. Peut-on sérieusement croire que les (anciennes) puissances coloniales aient cherché  à  ce que ces pays puisassent devenir (un jour) des États indépendants, viables?  L’exemple de l’Amérique du Sud, ayant autant de richesses, sinon plus que l’Amérique du Nord,  qui – pourtant – reste faible et dépendant  des intérêts étrangers (extérieurs), est  un de ceux que chaque Africain ferait bien d’examiner avec attention.

Les critiques contre de l’intégration politique africaine se réfèrent souvent aux grandes différences de culture, de langue et d’idées en l’Afrique en ses  diverses parties. C’est en partie vraie mais le fait essentiel demeure : nous sommes tous des Africains et avons un intérêt commun en  l’indépendance de l’Afrique.

Les difficultés relatives aux questions de langue, de culture et de différence des divers systèmes politiques ne sont pas insurmontables. Si la nécessité d’une union politique est convenue par nous tous, la foi en cette création  naîtrait ; et là où il y a  foi (volonté ferme,), il y a  chemin (engagement contre un  roc).

Les dirigeants actuels de l’Afrique ont déjà montré une remarquable volonté de consulter et se consulter entre eux. Les Africains ont, en effet, commencé à penser à l’échelle continentale. Ils se rendent compte qu’ils ont beaucoup en commun, au niveau  à la fois de leur histoire, de leurs problèmes-  actuels et futurs – et au niveau de leurs espérances. S’imaginer que le temps n’est pas encore venu (arrivée maturité des faits) au lieu d’envisager maintenant une Union Politique de l’Afrique, c’est une façon d’éluder les faits et d’ignorer les réalités actuelles de l’Afrique.

La plus grande contribution que l’Afrique peut apporter à la paix du monde est celle d’éviter à  ce dernier tous les dangers inhérents à la désunion de l’Afrique par la création d’une  union politique qui serait  également par son succès et cela pourrait servir d’exemple à un monde actuellement divisé.

Une Union des Etats africains relèverait  plus efficacement la personnalité africaine. Elle forcerait le  respect au reste du monde, au delà de sa seule taille et de son influence. Elle impliquerait une attention soutenue au refus africain des essais atomiques français dans le Sahara[2], et de l’affligeant (ignominieux) spectacle des Congolais à  l’ONU entrain d’ergoter sur des subtilités constitutionnelles alors leur ‘‘République’’ (alors nouvelle en 1960) est entrain de sombre dans l’anarchie,….preuve de  l’indifférence totale  des grandes puissances à  l’égard de l’indépendance africaine.

Nous devons prouver que la grandeur n’est pas mesurable en stocks de bombes atomiques. Je crois fermement et sincèrement que la sagesse profonde et la dignité, le respect inné pour la vie humaine, l’humanité intense – qui est notre héritage, à  nous de la race africaine, – une fois réunis sous un seul gouvernement fédéral-, n’apparaîtront pas comme un autre bloc de monde[3] faisant étalage de sa richesse et de sa force, mais plutôt comme une grande puissance dont la grandeur est indestructible car n’étant pas construite  sur la peur, l’envie et la suspicion, ni obtenue au détriment des autres, mais fondée sur l’espoir, la confiance, l’amitié et orientée vers le bien de toute l’humanité .

L’émergence d’une telle puissante force  de stabilisation de  ce monde usé des conflits ne devrait pas être considérée comme un rêve ombré d’un visionnaire, mais comme une proposition pragmatique qu’il importe que les peuples d’Afrique puissent traduire en réalité.

Il y a toujours un moment dans la vie   et les  affaires des peuples quand une  telle ‘‘opportunité  historique’’ apparaît pour l’action politique. Tel fut le ‘‘moment historique’’  pour les États-Unis d’Amérique lorsque ses Pères fondateurs perçurent le leur devenir au-delà des petites querelles  entre Etats alors séparés et pu  ainsi créer  leur Union politique. Ceci est (à notre tour) une chance historique.

Nous devons agir maintenant. Demain, ce sera  -peut-être – trop tard, et avec  une telle occasion ratée, tout espoir de survie d’une Afrique (vraiment) libre.’’

[1] Hélas ! 50 ans après, cette situation de  fragmentation  et de pauvreté  est aujourd’hui catastrophique.

[2] C’était une époque honteuse ou la France pratiquait des essais atomiques au Sahara au risque d’éliminer les peuples d’Afrique

[3] Rappel sur l’époque: il existait encore dans les années 1960 deux blocs idéologiques opposés  et en guerre froide : Le bloc Occidental et Le bloc communiste

Source: grands lacs region

 

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Hommage à JacquesLoubelo