SOS artistes du Congo… Eric Mapouya n’est plus…

Souleymane Koly de Kotéba a dit:

« Si l’art l’a des problèmes plus que le sport, c’est parce que l’art parle donc il dérange… Le Congo est l’un des rares riches pays d’Afrique, dont les artistes ont marqué l’histoire du continent, mais qui ne se préoccupe pas de créer un institut de formation d’Art…

Les mots me manquent pour ce Congo-fossoyeur de ses artistes… Non seulement qu’il n’a rien prévu pour les former, il se plait à les utiliser quand il en ressent le besoin, sans se préoccuper de leur sécurité sociale, moins encore de leur retraite. SOS artistes du Congo.

En guise d’hommage à l’illustre disparu, nous vous présentons deux textes, dont les auteurs sont Jean Blaise Bilombo Samba et Ulrich N’toyo.

Eric Mampouya 3

Eric Mampouya

Evocation : « Nous n’avons pas assez aimé Eric »

Jacques Eric Victorien Mampouya, Comédien, Metteur en scène de théâtre et Scénariste, a tiré sa révérence le lundi 31 août 2015 au CHU de Brazzaville à la suite d’un accident cardio-vasculaire. Il est parti comme il l’a vécu, sans bruit inutile ni fanfare. Discret, trop discret. Pourtant si talentueux et généreux de sa science théâtrale. Pour un natif de Brazzaville de 1963, année de la révolution congolaise, on aurait pensé qu’il verserait dans la dialectique des outils de propagande qui oblitèrent, aujourd’hui encore, l’horizon de la République.

Après des études primaires et secondaires de bonne facture, Jacques Eric Victorien Mampouya avait amorcé des études d’économie à l’Université Marien Ngouabi de Brazzaville, jusqu’à ce que, pris et dévoré par la passion du théâtre, il largue tout : équations et théories capitales. A lui la scène théâtrale ! Au public la symphonie des émotions !

La plongée dans le travail théâtral d’Eric Mampouya est étonnante et scandaleuse par le foisonnement des projets investigués, des mises en scène réalisées ainsi que des stages effectués ou animés.

Des dates clé

Quatre dates et situations constituent le portail d’entrée dans la vie d’artiste d’Eric Mampouya. 1982, premier grand rôle de comédien dans la pièce « Simba Mvita » mise en scène par Sony Labou Tansi ; 1984, premier stage académique de formation d’acteurs sous la direction de Pascal Nzonzi et Guy Lenoir. 1987, première participation en qualité d’assistant metteur en scène pour la pièce « L’étrange crime de Pancrace Amadeus » de Sylvain Bemba, mise en scène de Gilbert Nsangata. 1991 première mise en scène personnelle pour « Electre, mon amour » de Laszio Gyurko.

En quatre dates, on retrouve une petite cartographie d’élections imaginaires propre à Eric Mampouya. Sony et Sylvain, deux monstres de la dramaturgie congolaise. Pascal Nzonzi, le plus grand comédien congolais de tous les temps et Gilbert Nsangata l’immense cinéaste qui n’a pas rendu au Congo toutes les créations, dont son talent est capable.

Son esprit dans le vent, son baluchon sur le dos et maître de son expertise théâtrale, Jacques Eric Victorien Mampouya a commencé à arpenter le monde, le sud et le nord, l’est et l’ouest pour délivrer les métamorphoses de ses créations et de son jeu d’acteur sans s’économiser ni compter. Il a tout à tour rencontrer, explorer et traverser les univers de : Caya Makhele dans « la fable du cloître des cimetières » ; de Bernard-Marie Koltes « dans la solitude des champs de coton » ; de Sony Labou Tansi dans « Monologue d’or et noce d’argent » ; d’Emmanuel Bounzeki Dongala dans « La femme et le colonel » ; de Jean Racine dans « Andromaque en Aboymey » ; de Shakespeare dans « Hamlet » ; de Jean Marie Adiaffi dans « Mélédouman ou la quête d’identité » ; de Arthur Vé Batoumeni dans « Le pauvre petit gars d’à côté ».

Chez Eric Mampouya, le comédien a également rencontré la télévision et le cinéma. Il faut retenir sa présence dans « La rue des mouches » réalisé par P. Laïk (FR3) ; dans « La bouteille de whisky » de Hyacinthe Mienandi (Tv Congo) ; dans « L’autre fils de Dieu » de Arthur Vé Batoumeni (médiAfrique communication) et dans « Le voyage à Ouaga » de Camile Mouyeke (prix du public, Fespaco 2003).

La voix d’Eric radiophonique et vivante a été mise à contribution dans : « Antoine m’a vendu son destin » et « Lèse-majesté » de Sony (Rfi). Le metteur en scène qui a frappé l’imagination dans trois dispositions scéniques dune grande audace que sont Lèse-majesté de Sony en 2000, La femme et le colonel de Dongala en 2001 et la Contrebasse de Patrick Sükind en 2004, a décidé d’élargir sa quête professionnelle vers l’écriture et la réalisation cinématographique à partir de 2008. C’est ainsi que le projet documentaire, Les petits enfants de Père Jarrot, porté par Eric avait bénéficié en 2010 d’une bourse à la réécriture de l’Oif et demeuré disponible pour la réalisation dès que le plaidoyer financier aurait tenu ses effets.

Comme pour tout échafaudage humain, la mécanique d’Eric Mampouya s’est retrouvée enrayée par la maladie depuis quelques années. Et sa cinétique créatrice s’est progressivement altérée. La solidarité publique et privée lui a été comptée. Bien que des nombreux comédiens lui doivent d’avoir mis le corps en scène et la voix à l’assaut de l’espace, il n’est pas tout à fait faux de dire aujourd’hui, le cœur gros et l’esprit en bataille, que « nous n’avons pas assez aimé Eric ».

Cela vaut pour beaucoup et pour moi-même.

Auteur: Jean Blaise Bilombo Samba
Source: Adiac Congo

 

 

Jacques Eric Victorien Mampouya

Jacques Eric Victorien Mampouya

 

Le coup de gueule de Ulrich N’toyo

Depuis hier, le noir de la scène du théâtre Congolais s’est renforcé :
Le comédien, metteur en scène Erick MAMPOUYA
Alias Ya Erick est mort.
Si le Colonel est parti, la secrétaire est restée.
L’autre parenthèse de sang s’est refermée,
Le roi de la danse MALUMBA MANGEMBO…ne dansera plus.
Il ne me regardera plus dans les yeux, me disant : Petit soumba Bière.
Non, le « menga » ne sera plus « tsamouné ».

Pas de drapeau en berne.
Le pays ne sera pas au courant.
Ce n’est qu’un homme de théâtre qui est mort.
Le petit nombre de comédiens qui porte si fièrement les couleurs de cette nation s’est encore réduit.
Messieurs les politiques, c’est un ambassadeur qui est mort.
Vous le connaissez n’est ce pas ?
Vous lui avez confié il y a si peu une mise en scène, pour un spectacle de théâtre politico-artistique présenté au Palais du parlement là…
Mais si, sur scène il y avait même Sorel Boulingui, Fortuné Batéza et je ne sais plus…
Mais si…

Non !
Au moins, il ne verra plus vos mascarades politiques avec des idées de mettre toujours le peuple dans la méconnaissance de ses droits.
Il ne croisera plus ses petites filles de 10 ans à 1h du matin dans les rues de Brazzaville qui lui déclareront :

Tonton « Tuyiba Kweto » juste donne nous à manger.

Il ne verra plus la peur que vous semez pour nous dresser, les un contre les autres.
Non, il n’aura plus peur de vous, il ne rincera plus ses mots pour vous parler.
Il ne verra plus les avions cloués au sol, incapables de prendre leur envol par manque de carburant. Pendant ce temps, le pétrole est chargé dans des caténaires pour nos ancêtres les gaulois.
Il ne verra plus toutes ces sociétés intermédiaires qui se sont installées à Pointe-Noire entre terre et mer par les Nguessos pour appauvrir la population.

Eric Mampouya 1

Eric Mampouya 1

Tout le pays est Ngessoisé et chinoisé!
Manger, Nguésso,
Bosser Nguésso,
Baiser Nguésso.
Et nous que nous reste-t-il ?
Des miettes.
Il n’a plus besoin des miettes qui échappent de l’assiette du bourreau.
Il ne sera pas témoin de la déchéance de ce Congo qu’il a porté dans ses mises en scène.
Changement de constitution de mes couilles! Pas témoin !

Il n’écoutera plus ce semblant d’opposition, vous n’êtes pas crédibles dans vos discours, aucune passion, aucun rêve, aucun rendez-vous pour un congolais bien dans ses baskets.

Erick Mampouya lui vous aurait bien dirigé, vous aurait travaillé une belle mise en bouche, l’expression faciale pour être maitre des mots morts que vous nous balancez maladroitement.
Il vous aurait fait comprendre l’importance de chaque mot que vous vomissez.
Il vous aurait dit que rien n’est fait au hasard dans le théâtre de la vie.
Oh ça vous savez le faire… Rien n’est le fruit du hasard,
Oui tout acte que vous posez est calculé, travaillé, réfléchi pour que la population vive dans la peur, dans la misère. Pour ça vous êtes doué.
Chaque mot doit trouver un sens dans votre caboche avant de le livrer à la colère du peuple.
Oui Mesdames et Messieurs, Ya Erick avait la capacité de vous travailler.

Chers amis,
Il revient à nous de pleurer notre mort.
Il nous revient le devoir de sonner les trompettes de nos idées, de nos pensées, de nos plumes pour rendre hommage à Ya Erick.
Que ceux qui le connaissaient, ceux qui avaient entendu parler de lui, même vous qui ne le connaissiez pas.
A vous aussi, Hommes de théâtre, ou simplement à vous Hommes sensibles à l’art :
Ecrivez des mots, des phrases, des pensées pour dire à la terre que le théâtre congolais est en deuil.
Pour dire à la terre que cet homme qui vient vers toi mère, a été un Comédien, un Metteur en scène.
Mes mots sont amers, avec un dégout de ne partager nos rêves qu’entre nous.

Par Ulrich N’toyo

 

À propos de Masengo ma Mbongolo

Masengo est un des rares spécialistes de Relations Internationales Culturelles Nord Sud pour le Développement.
Comédien, metteur en scène, dramaturge, chercheur, réalisateur de films documentaires. Fondateur et Directeur artistique du Festival Tricontinental MALAKI MA KONGO.
Promoteur des actions de solidarité internationale avec le Congo avec son association MALAKI MA KONGO, installée en Afrique, en Europe et en Amérique.
Directeur de Publication de La Rue Meurt Magazine.
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Hommage à JacquesLoubelo