A.F. Koumbha: Le théâtre congolais est dans la résistance

Abdon Fortuné Koumbha : « Le théâtre congolais est dans la résistance… »

Abdon Fortuné Koumbha

Abdon Fortuné Koumbha

Expert de la Commission internationale du théâtre francophone (CITF) pour l’Afrique centrale, Abdon Fortuné Koumbha est congolais, comédien et metteur en scène. Directeur artistique de l’Espace Tiné, Abdon est aussi cofondateur du festival international de théâtre Mantsina sur scène. Ses récentes mises en scène sont Monsieur Ki de l’Ivoirien Koffi Kwahulé et Mémoire d’une peau de J.-M. Coetzee au dernier festival Mantsina.

Q: Quel regard portez-vous sur le théâtre au Congo ?
Abdon Fortuné Koumba : Le théâtre congolais est dans la résistance. Ceux qui en ont fait leur métier sont obligés d’aller jouer en Europe pour essayer de vivre de leur métier.

Pensez-vous que le théâtre est parvenu à maturité ou va-t-il vers son déclin ?
On ne peut parler du théâtre aujourd’hui sans parler du théâtre d’hier. Je pense que nous sommes devenus comédiens parce qu’il y a eu des comédiens avant nous. Ces derniers ont été d’une certaine manière nos exemples, nos modèles. Ils étaient tous par ailleurs fonctionnaires ! Ne vivaient pas que du théâtre. Ils faisaient du théâtre par passion et plaisir. Il y avait dans ce pays une vie théâtrale dense, un engouement du public pour le théâtre. À la fin des années 1990 est né dans ce pays une génération de comédiens qui avaient décidé d’en faire leur métier bien qu’on soit dans un pays où les artistes n’ont aucun statut juridique et où la culture et l’art ne bénéficient d’aucun financement de l’État. Ajoutez à cela les guerres qui sont passées par ici, comme vous le savez. Tout était donc à reconstruire. En 2003, soucieux de redynamiser la vie théâtrale qui était en berne au sortir des guerres que nous avons connues dans notre pays, que Dieudonné NiangounaI, Felhyt Kimbirima, Arthur Batouméni, Ludovic Louppe et moi avons créé l’association Noé Culture qui organise depuis 2003 le festival Mantsina sur scène. Heureusement qu’il y a encore des comédiens qui résistent.

Selon vous, expert Afrique centrale de la CITF, quel positionnement le Congo occupe-t-il dans le théâtre en Afrique centrale ?
Je me bats avec d’autres pour que le théâtre continue de résister. Continuer à faire ce que je sais faire avec les autres jusqu’au jour où les pouvoirs publics comprendront enfin qu’aucune révolution, aucune transformation, aucune reconstruction ne seront possibles sans donner la part belle à la culture. Matondo Kubu Turé disait : « Toute démocratie a besoin d’effervescence culturelle et artistique pour installer les mentalités dans les valeurs intrinsèques de la démocratie. La culture au sens large peut être conçue comme le travail des produits spirituels sur l’agir des hommes en société. » Mettons à profit cette réflexion, parce qu’il  faut qu’il y ait dans chaque arrondissement des lieux de programmation théâtrale, en y mettant bien sûr des moyens humains, financiers et techniques afin de permettre aux populations des quartiers populaires de redécouvrir le théâtre. Aussi et surtout penser à la formation à tous les corps de métier dans un pays où n’existe pas d’école de théâtre.

Auteur: Roll Mbemba

par Les Dépêches de Brazzaville

 

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